Le lundi 5 octobre 2026, lors d'une manifestation lycéenne, un élève de 15 ans, Evan S., a eu la main arrachée. Si le drame suscite une vive émotion, les circonstances matérielles exactes de l'incident comportent plusieurs zones d'ombre. Des divergences apparaissent dès la localisation des faits, certaines sources enregistrant la commune sous le nom de Lens, tandis qu'un autre compte-rendu mentionne Lans. Surtout, le modèle précis de la munition en cause ainsi que son vecteur de tir ou de lancer ne sont pas formellement établis.
Ce drame a immédiatement remis au cœur du débat l'usage des armes de désencerclement et de saturation sensorielle au sein de l'arsenal des forces de sécurité intérieure.
Une suspension ministérielle contredite par les consignes policières
En réponse à l'incident, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé publiquement l'arrêt temporaire et général de l'emploi du modèle de grenade ASSD dans le cadre des contestations étudiantes et lycéennes. Pourtant, la portée réelle de cette mesure est remise en cause par les instructions opérationnelles.
Un télégramme interne de la Direction générale de la police nationale (DGPN) ne prescrit en effet qu'une suspension restreinte de l'ASSD projetée à l'aide de lanceurs, laissant théoriquement intact l'usage de cette grenade lancée à la main. Cette consigne interne entre elle-même en friction avec la doctrine en vigueur : les directives internes de la gendarmerie nationale stipulent déjà de façon stricte que les grenades ASSD doivent exclusivement être lancées à la main au ras du sol, proscrivant formellement tout recours à des lanceurs. Ce décalage entre la communication politique publique et les ordres de service illustre un flou réglementaire notable quant à l'emploi réel de ce matériel.
La sémantique des armes dites à effet sonore face aux risques de déflagration
Introduite dans les dotations des forces de l'ordre françaises à partir de 2022, la grenade ASSD s'inscrit dans l'évolution des dispositifs de force intermédiaire. Les autorités françaises présentent cette nouvelle génération d'armes, aux côtés de la GM2L, comme des dispositifs pyrotechniques à « effet sonore ». Cependant, cette qualification est contestée par les expertises pyrotechniques et les observateurs de la société civile, qui affirment que leur potentiel destructeur et leurs effets de souffle demeurent comparables à ceux des munitions explosives antérieures.
Les mesures acoustiques témoignent d'une puissance extrême : les dispositifs assourdissants et de désorientation comme l'ASSD et la GM2L génèrent des niveaux sonores oscillant entre 160 et 180 décibels. Les risques inhérents à ces engins ne touchent d'ailleurs pas uniquement les manifestants. Le 1er mai 2023, à Paris, un gendarme a lui-même été grièvement blessé par une grenade ASSD mise en œuvre par un collègue.
Un arsenal massif contesté par les organisations des droits humains
Le volume d'engagement de ces armes reste considérable lors des opérations de maintien de l'ordre d'envergure. Le 25 mars 2023, sur le site de Sainte-Soline, les forces de l'ordre ont employé 1 375 grenades GM2L. Par ailleurs, les investissements de l'État dans cette filière se sont poursuivis à grande échelle, avec un marché attribué en novembre 2023 s'élevant à 78 millions d'euros pour l'acquisition de grenades toutes catégories confondues. En revanche, le nombre global de grenades ASSD, EF-SON et GL-304 déployées sur le terrain, de même que la proportion de tirs effectués via des lanceurs, demeurent à ce jour inconnus.
Face aux risques d'onde de choc, aux projections et aux mutilations sévères documentées par le milieu médical, les organisations de défense des droits humains estiment que les dispositifs assourdissants et détonants présentent une dangerosité structurelle. Rejetant les restrictions temporaires ou partielles, ces collectifs exigent le bannissement pur et simple de ces armes lors des opérations de gestion des foules.